Chez Anthropic, les agents IA travaillent six fois plus que les salariés et les débutants se font rares
Le 16 octobre, l'entreprise derrière Claude a publié une étude sur ses propres équipes. Les débutants ne représentent plus que 9 % des recrues techniques, tandis que les agents IA cumulent désormais bien plus d'heures de travail que les humains.
Que devient une entreprise quand ses propres IA s'installent dans toutes les équipes ? Anthropic a tenté de répondre en s'observant elle-même. Publié le 16 octobre par quatre chercheurs de son Anthropic Institute, le rapport « How employment is changing at Anthropic » s'appuie sur les données internes de l'entreprise : effectifs, recrutements, agendas, messages Slack, enquêtes auprès des salariés et suivi de l'usage de Claude. Le constat le plus frappant concerne les débutants. Parmi les personnes embauchées dans les métiers techniques, la part des profils juniors est tombée de 27 % à 9 %. Dans ces mêmes équipes, ils ne représentent plus que 14 % des salariés, contre 21 % début 2025.
Dans le même temps, les agents IA ont pris une place considérable. Selon le rapport, leurs heures de travail ont dépassé pour la première fois celles des employés en mars 2026. En août, rien qu'en comptant les sessions lancées par les salariés eux-mêmes, les agents travaillaient six heures pour une heure humaine. Le nombre de contributions de code par ingénieur a été multiplié par cinq environ en six mois. La comparaison entre 192 ingénieurs ayant adopté des agents de programmation et 74 qui ne l'avaient pas fait montre une production en hausse chez les premiers, sans que leur code soit plus souvent supprimé ou annulé ensuite. Le goulot d'étranglement devient l'attention humaine : environ 80 % du temps d'une session interactive avec Claude se passe à attendre une réponse humaine, et lire tout ce que produisent leurs agents prendrait plus d'une demi-semaine de travail, même aux équipes non techniques. La part des sessions consacrées à surveiller et outiller ces agents est passée de 10 % à 22 %. Les équipes commerciales, financières et de recrutement grossissent désormais plus vite que les équipes techniques, dont la part dans les effectifs est passée de 61 % à 56 % en un an.
L'étude a ses limites, que les auteurs reconnaissent. Elle porte sur une seule entreprise, en pleine croissance et portée par la demande pour ses modèles, ce qui complique la part à attribuer à l'IA. Les salariés n'ont pas adopté les agents au hasard, et un volume de code ne dit rien de sa qualité réelle. Anthropic décrit aussi ses propres équipes, avec un intérêt évident à montrer l'efficacité de ses outils. Le rapport note encore que les recruteurs mentionnent trois fois plus souvent l'usage d'outils d'IA dans leurs évaluations des candidats techniques, au profit de l'autonomie et du jugement plutôt que de l'expertise pointue. Il ne propose en revanche aucune réponse au recul des embauches de débutants, alors même que la question de la formation des futurs experts se pose désormais bien au-delà d'Anthropic.