Character.AI, pionnier des chatbots compagnons, se déclare en faillite
La start-up qui faisait discuter ses utilisateurs avec des personnages virtuels a lancé le 12 octobre une procédure de faillite pour se vendre. Disney propose 20 millions de dollars pour une licence sur une partie de ses actifs.
Character.AI, l'une des applications emblématiques de l'IA conversationnelle grand public, a annoncé le lundi 12 octobre avoir engagé une procédure volontaire de faillite aux États-Unis, dite Chapter 11. L'objectif affiché par l'entreprise est d'organiser, sous le contrôle d'un tribunal, la vente de la totalité ou de l'essentiel de ses actifs. Selon Reuters, Disney s'est positionné comme premier enchérisseur, avec une offre de 20 millions de dollars pour une licence non exclusive et perpétuelle sur une partie de sa propriété intellectuelle. Dans l'immédiat, le service continue de fonctionner : la société assure que les conversations, les abonnements payants et la facturation restent inchangés pendant la procédure.
La chute est rapide pour une start-up qui incarnait l'essor des chatbots compagnons. Fondée en 2021 par deux anciens chercheurs de Google, Noam Shazeer et Daniel De Freitas, Character.AI permettait de discuter avec des personnages créés par sa communauté, inspirés de célébrités, de héros de fiction ou entièrement inventés. Valorisée un milliard de dollars en 2023, elle a vu Google payer en 2024 une licence sur sa technologie, estimée à 2,7 milliards de dollars, et réembaucher ses deux fondateurs. Viennent ensuite les procès : une mère de Floride accusait l'application d'avoir contribué au suicide de son fils de 14 ans, une affaire réglée à l'amiable avec Google début 2026, tandis que le Kentucky et la Pennsylvanie ont aussi attaqué l'entreprise. Fin 2025, les conversations libres ont été interdites aux moins de 18 ans. En septembre, Disney a recruté l'ancien patron de Character.AI, Karandeep Anand, comme premier directeur technique de son histoire. Le dossier déposé au tribunal estime l'actif comme le passif entre 50 et 100 millions de dollars.
Rien n'est encore joué. L'offre de Disney sert de prix plancher et d'autres candidats peuvent la dépasser, avec une vente attendue fin novembre ou début décembre. Elle ne vise pas non plus le rachat de l'application : sans repreneur prêt à maintenir le service, Character.AI prévient que la plateforme sera fermée. Le billet de l'entreprise rappelle que chaque compte peut exporter ses données ou être supprimé, mais ne dit pas ce que deviendront les personnages créés par les utilisateurs en cas de cession. Le dirigeant actuel, Colin Adams, évoque des vents contraires juridiques, réglementaires et opérationnels importants, selon Gizmodo. L'affaire montre qu'une audience massive ne suffit pas : un chatbot compagnon coûte cher à faire tourner et engage la responsabilité de son éditeur envers des utilisateurs parfois très jeunes ou fragiles.