Triche aux lunettes IA : la Corée du Sud va inspecter les montures des 550 000 candidats au « bac » coréen
Après deux fraudes découvertes en octobre, les surveillants du suneung, l'examen d'entrée à l'université, contrôleront les lunettes de chaque candidat le 19 novembre. Garder des lunettes connectées dans son sac suffira à annuler l'épreuve.
Le 19 novembre, 551 864 candidats sont inscrits au suneung, l'examen national qui décide de l'entrée à l'université en Corée du Sud. Cette année, chaque paire de lunettes sera regardée de près. Le ministère de l'Éducation a annoncé que les surveillants inspecteraient à l'œil, avant chaque épreuve, les montures de tous les candidats qui en portent, pour repérer les lunettes équipées d'une caméra et d'un assistant IA. Les consignes officielles publiées le 15 octobre par l'institut chargé de l'examen, le KICE, classent ces lunettes parmi les objets interdits : les garder dans son sac suffit à annuler l'épreuve, et les porter pendant l'examen entraîne en plus l'exclusion du suneung de l'année suivante, même sans preuve qu'elles ont servi à trouver des réponses.
Ce tour de vis suit deux affaires survenues en quelques jours. Le 3 octobre, lors d'une épreuve écrite d'admission à l'Université de Séoul, un surveillant a remarqué une paire de lunettes anormalement épaisse : c'était un appareil doté de fonctions d'IA, et le candidat a été exclu de la salle puis interdit de candidature dans cet établissement pendant trois ans. Le 10 octobre, à l'Université Yonsei, un candidat a passé le contrôle d'entrée avec des lunettes ordinaires avant d'enfiler des lunettes connectées une fois les sujets de mathématiques distribués ; il a reconnu les faits. Le 7 octobre, le ministre de l'Éducation, Choi Kyo-jin, avait qualifié ces appareils de « nouvelle menace » devant le Parlement. Selon le site Aju Press, un youtubeur avait déjà obtenu en juin 96 sur 100 à un sujet blanc de mathématiques en 18 minutes avec des lunettes IA reliées à une application, et certains modèles chinois vendus autour de 130 000 wons, soit moins de 100 dollars, cachent leur caméra dans un trou d'épingle, sans voyant d'enregistrement.
Le contrôle reposera surtout sur les yeux des surveillants. Le ministère juge difficile d'utiliser de façon fiable des détecteurs d'ondes radio dès cette année, ses essais ayant montré des erreurs selon les conditions autour des centres d'examen. Les surveillants recevront un guide et une vidéo de formation pour distinguer une monture connectée d'une monture classique, et un refus d'inspection pourra être sanctionné comme une fraude. Un syndicat d'enseignants du secondaire a lancé le 15 octobre une pétition nationale pour réclamer du personnel supplémentaire et des procédures claires en cas de litige, craignant des contrôles longs et des disputes en salle. Reste à savoir si un regard suffira face à des appareils qui ressemblent de plus en plus à des lunettes ordinaires.