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Taïwan veut faire de la contrebande de puces IA vers la Chine un délit

Le ministre taïwanais de l'Économie a annoncé que les serveurs d'IA et les puces les plus avancées rejoindront la liste des biens contrôlés à l'export. Les envoyer en Chine sans autorisation pourra alors valoir des poursuites pénales.

L'île qui fabrique l'essentiel des puces les plus puissantes du monde s'apprête à fermer une porte restée entrouverte. Dans un entretien accordé à Bloomberg le 12 octobre et publié le 16 octobre, le ministre taïwanais de l'Économie, Kung Ming-hsin, a annoncé que les serveurs d'IA et les semi-conducteurs de pointe seront ajoutés à la liste des biens contrôlés à l'exportation. Une fois la mesure en vigueur, expédier ce matériel vers la Chine sans autorisation pourra donner lieu à des poursuites pénales au titre de la loi sur le commerce extérieur. Une première pour Taïwan.

Jusqu'ici, la contrebande de puces d'IA n'y est pas un délit en soi. Taïwan impose déjà des permis pour les technologies sensibles, notamment militaires, mais les serveurs et les puces d'IA n'y figurent pas explicitement, selon l'agence officielle CNA citée par Taiwan News. Les procureurs doivent donc recourir à d'autres textes. En août, neuf personnes ont été inculpées pour abus de confiance et faux en écriture : sur 130 serveurs d'IA commandés, 74 auraient atteint la Chine en transitant par d'autres pays avec de faux documents. Les États-Unis, qui limitent depuis 2022 les ventes de puces Nvidia et AMD à la Chine, estiment que du matériel Nvidia valant des milliards de dollars y est malgré tout arrivé ces dernières années par le marché noir.

Le ministre présente ce durcissement comme une contrepartie de l'accord commercial signé cette année avec Washington : « certaines de nos mesures sur les biens contrôlés correspondront à celles des Américains », a-t-il déclaré à Bloomberg. Beaucoup reste pourtant à préciser. Kung Ming-hsin n'a donné aucune date d'entrée en vigueur, la liste complète des produits visés n'est pas publiée et le niveau des peines n'est pas connu. Les comptes rendus divergent aussi sur la portée exacte : certains y voient une restriction visant tous les acheteurs chinois, d'autres seulement les clients déjà sous surveillance. Le geste reste fort : pour la première fois, le principal atelier mondial de puces d'IA traiterait leur détournement vers la Chine comme une affaire pénale.