S’abonner
Le fil

La Chine veut contrôler l'exportation de ses IA les plus avancées

Le 16 octobre, Pékin a proposé d'inscrire 23 technologies d'IA, des grands modèles aux agents, sur sa liste des savoir-faire interdits ou limités à l'export. L'usage des chatbots chinois depuis l'étranger resterait libre.

Pékin met un cadenas sur une partie de son savoir-faire en intelligence artificielle. Le 16 octobre, le ministère chinois du Commerce et celui des Sciences et Technologies ont publié un projet qui ajoute 23 technologies d'IA au catalogue des techniques dont l'exportation est interdite ou soumise à autorisation. La liste couvre les grands modèles de langage, les agents, les grappes de calcul et le traitement de l'information. L'enjeu est de taille : depuis l'arrivée de DeepSeek début 2025, les modèles chinois, moins chers et de plus en plus performants, se sont imposés bien au-delà des frontières du pays. Une consultation publique est ouverte jusqu'au 15 novembre.

Le texte ne vise pas l'usage des IA chinoises par des internautes étrangers. Selon le porte-parole du ministère du Commerce, interroger un modèle par une API, une application, un site web ou un service en ligne ne relève pas du contrôle. Ce qui compte, c'est le transfert de la technologie elle-même : céder des droits de propriété intellectuelle, accorder une licence à l'étranger, passer sous le contrôle d'un actionnaire étranger ou installer un modèle restreint sur des serveurs hors de Chine. Le ministère cite parmi les techniques à interdire la génération et la mutation automatiques de logiciels malveillants par l'IA, et parmi celles à limiter la recherche de failles assistée par IA. Sans attendre, les entreprises doivent depuis le 16 octobre déclarer ces transferts sur une plateforme officielle, y compris ceux déjà engagés.

Pékin assure que la plupart des technologies d'IA resteront librement exportables et que la révision ne vise aucun pays. Tout ce qui a déjà été publié en open source ou dans des articles scientifiques échappe au contrôle, et les publications en open source bénéficieraient d'une licence simplifiée. Le projet fait pourtant écho aux restrictions américaines sur les puces avancées, et Reuters rappelait en juillet que les autorités avaient sondé Alibaba, ByteDance et Z.ai sur l'idée de limiter l'accès étranger à leurs meilleurs modèles. Les seuils exacts et l'effet sur les modèles ouverts encore à venir restent à préciser : la version finale dépendra de la consultation, et des retours des géants chinois du secteur.