La Fed voit l'IA freiner les embauches dans cinq régions des États-Unis
Publié le 14 octobre, le Beige Book de la banque centrale américaine rapporte des entreprises qui recrutent moins après avoir misé sur l'IA. Pas de vague de licenciements, mais des postes qui ne sont plus créés.
Le 14 octobre, la Réserve fédérale américaine a publié son Beige Book, un état des lieux de l'économie bâti huit fois par an à partir de témoignages d'entreprises recueillis dans ses douze districts. Cette fois, l'IA s'invite dans le chapitre consacré à l'emploi : dans cinq districts, des entreprises disent avoir réduit leurs effectifs en ne remplaçant pas les départs, retardé des recrutements ou prévu de créer moins de postes après avoir gagné en productivité grâce à l'IA. Le constat pèse, car ce rapport nourrit les décisions de la Fed sur ses taux d'intérêt.
Les rapports régionaux donnent des exemples concrets. À Dallas, un professionnel de la comptabilité explique que de grands cabinets retardent des contrats d'embauche, car ils pourraient avoir besoin de moins de débutants que prévu, en partie grâce à l'IA. À Cleveland, deux banques affirment que l'automatisation et l'IA ont réduit les besoins en personnel sur certains postes. À Minneapolis, des agences de placement informatique observent que l'IA ne provoque pas de licenciements mais freine la création d'emplois. À New York, de grandes organisations commencent à supprimer certains postes ou à geler des recrutements en intégrant l'IA, tandis que la demande pour les métiers du marketing faiblit. L'IA crée aussi du travail : les chantiers de centres de données tirent l'industrie dans plusieurs régions et font grimper les salaires des électriciens dans l'Ouest. Une agence de recrutement de Dallas a même embauché des recruteurs pour examiner plus de 180 heures d'entretiens menés par des agents IA en deux jours.
Il faut lire ces signaux avec prudence. Le Beige Book repose sur des témoignages et ne donne aucun chiffre : il ne mesure ni le nombre d'emplois concernés ni l'effet de l'IA sur l'emploi à l'échelle du pays. La Fed résume d'ailleurs le marché du travail comme « peu changé », et la plupart des districts ne voient guère d'évolution nette des effectifs. Mais ces remontées du terrain peuvent devancer les statistiques officielles. Le site financier 24/7 Wall St. y voit un signal précoce, à confronter aux prochains chiffres de l'emploi et aux résultats des géants de la tech fin octobre, alors que le chômage est passé de 4,1 % à 4,2 % en septembre. Les exemples cités visent surtout des postes de débutants et des fonctions de bureau : c'est l'entrée dans la vie active, plus que les emplois existants, qui semble d'abord se resserrer.