S’abonner
Le fil

Une IA passe 100 000 scanners au crible et révèle les bienfaits de la graisse brune

Publiée le 14 octobre dans Nature, une étude new-yorkaise associe cette graisse qui brûle des calories à moins de diabète, de maladies cardiaques, d'anxiété et de dépression. Un médicament contre l'hypertension pourrait l'activer, mais seulement chez la souris pour l'instant.

Toutes les graisses ne se ressemblent pas. La graisse blanche stocke les calories, tandis que la graisse brune, logée surtout autour du cou, des aisselles et du thorax, les brûle pour produire de la chaleur. Le 14 octobre, une équipe de l'université Rockefeller et du centre anticancéreux Memorial Sloan Kettering, à New York, a publié dans la revue Nature la plus vaste étude jamais menée sur le sujet : 101 243 patients. Grâce à l'intelligence artificielle, elle montre que les personnes dotées de graisse brune active souffrent moins souvent de diabète de type 2, de maladies cardiaques, mais aussi d'anxiété et de dépression.

L'idée consiste à recycler des examens existants. Pour surveiller un cancer, les patients passent des scanners TEP, qui repèrent les tissus avides de sucre, dont la graisse brune lorsqu'elle est en marche. Les chercheurs ont croisé les comptes rendus avec plus de 500 diagnostics des dossiers médicaux, puis un outil d'apprentissage automatique a mesuré l'activité de cette graisse, zone par zone, chez environ 8 700 patients. Résultat : à âge, sexe et corpulence comparables, la présence de graisse brune va de pair avec une probabilité de diabète de type 2 inférieure d'environ 58 % et une probabilité de maladie coronarienne chronique inférieure de 47 %. Les dépressions et les troubles anxieux sont eux aussi moins fréquents. En passant en revue les traitements, l'équipe a remarqué que les patients sous sartans, une famille de médicaments contre l'hypertension, avaient plus souvent de la graisse brune. Testé en laboratoire, le losartan a accru l'activité des cellules brunes et la dépense d'énergie de souris, sans modifier leur poids.

Pour Shingo Kajimura, biologiste à Harvard interrogé par Nature, il s'agit d'un des travaux « les plus complets » du domaine. Mais l'étude reste rétrospective : elle établit des liens, pas des causes, comme le rappelle Irfan Lodhi, de l'université Washington à Saint-Louis. Tous les patients venaient d'un même centre anticancéreux, leurs scanners n'avaient pas été faits au froid, qui réveille cette graisse, et la piste du losartan n'a jamais été testée chez l'humain pour cet usage. Les auteurs relèvent aussi un signal moins flatteur, une densité osseuse plus faible au niveau des vertèbres, dont la portée reste incertaine. « Ce n'est qu'un début », résume Paul Cohen, qui a dirigé ces travaux. L'intérêt tient surtout à la méthode : des millions d'examens déjà réalisés dans les hôpitaux pourraient servir à repérer d'autres médicaments à réutiliser.