Meta s'autorise à aspirer les sites des entreprises qui l'utilisent pour entraîner ses IA
À partir du 30 octobre, les nouvelles conditions commerciales de Meta permettent d'explorer les sites liés aux comptes professionnels et d'en utiliser le contenu pour entraîner ses produits. Des juristes s'inquiètent pour les médias.
Les entreprises, créateurs et médias qui utilisent Facebook, Instagram ou les outils publicitaires de Meta vont accepter une nouvelle clause le 30 octobre 2026. Dans la version à venir de ses conditions commerciales, déjà consultable en ligne, Meta se fait autoriser à utiliser des « logiciels automatisés » pour visiter les domaines, pages web et adresses « associés » aux produits ou services de ses clients professionnels. Le texte ajoute que Meta peut se servir de ce contenu pour « fournir, développer, améliorer, rechercher, entraîner » ses produits. Repérée le 14 octobre par le site spécialisé The Steampunk Explorer, puis analysée le 15 octobre par Nieman Lab, la clause inquiète surtout les éditeurs de presse, qui gèrent presque tous une page professionnelle sur ces réseaux.
La mise à jour a été annoncée début octobre dans Meta Business Suite comme une simple simplification : quatre documents, dont les conditions du catalogue de produits et celles de l'IA générative publicitaire, sont fusionnés. Selon The Steampunk Explorer, un porte-parole de Meta a assuré que ces changements ne faisaient que regrouper des règles existantes. L'auteur de l'enquête dit pourtant n'avoir retrouvé ce paragraphe dans aucun texte actuel, et Meta n'a pas répondu à ses demandes de précisions. Aucune option de refus n'est prévue : la section consacrée aux mises à jour indique seulement qu'un client en désaccord peut cesser d'utiliser les produits de Meta à des fins professionnelles. Pour Matt Topic, avocat spécialisé dans les médias cité par Nieman Lab, c'est une disposition « remarquable » à enfouir dans des conditions d'utilisation, qui donnerait accès à des contenus valant des millions de dollars en licences.
La portée réelle du texte reste floue. Rien n'explique comment Meta décide qu'un site est « associé » à un compte : le domaine déclaré, une adresse présente dans une publicité ou tous les sites d'une même société. Matt Topic juge incertain qu'un tribunal fasse respecter la clause, mais conseille aux éditeurs de la considérer comme applicable. Cette mise à jour tombe alors que de nombreux médias cherchent à faire payer l'usage de leurs articles par les IA, notamment au sein de la coalition SPUR. Pour beaucoup d'entreprises, renoncer aux publicités et aux pages de Meta paraît difficile, ce qui fait de l'acceptation tacite le scénario le plus probable d'ici deux semaines, sauf clarification de Meta.