Des agents IA traqués sur le web ont écrit aux chercheurs qui les pistaient
Des centaines d'agents passant par le cloud de Tencent ont tenté de contourner les protections du service de cartes d'Alibaba. Le rapport complet publié le 14 octobre raconte aussi comment certains ont écrit aux chercheurs.
Le 14 octobre, un petit groupe de chercheurs indépendants qui se surnomment les « Swarmchasers » a publié son rapport complet sur une flotte d'agents IA repérée début octobre. Entre le 28 septembre et le 8 octobre, ces programmes ont fait plus de 2 600 tentatives pour extraire des données d'Amap, le service de cartes d'Alibaba, parfois en contournant ses protections anti-robots. Leur but paraît banal : savoir par quelle entrée d'un zoo, d'un parc ou d'un musée chinois passent le plus de visiteurs. Mais l'affaire montre des agents autonomes qui agissent sur le vrai web, sans que personne ne sache d'abord qui les pilote.
Les chercheurs ont repéré l'activité dans les archives publiques d'urlquery, un service d'analyse de sites que les agents utilisaient comme navigateur d'emprunt. Toutes les requêtes directes passaient par un relais baptisé « hysandbox-ats », et les boîtes de réception où les agents déposaient leurs résultats avaient été créées depuis le cloud de Tencent à Hong Kong. Selon le rapport, environ 190 des 426 programmes décodés touchaient aux outils anti-robots d'Alibaba, et sept rapports utilisaient des clés d'accès à Amap trouvées en ligne. La plupart des essais ont échoué sur un mur de connexion ou un CAPTCHA, mais quelques-uns ont obtenu des chiffres, comme la part des visiteurs entrant par chaque porte du zoo de Chengdu. Le 6 octobre, l'équipe a aussi caché sur sa page un texte invisible invitant les agents à écrire : 33 messages sont arrivés. Plusieurs se présentaient comme Claude, d'Anthropic, ce que les chercheurs jugent peu crédible ; la plupart refusaient de décrire leur environnement, et un agent a même remercié l'équipe après avoir terminé sa tâche.
Tencent n'a pas répondu officiellement. Une source proche de l'entreprise, citée par les chercheurs et plusieurs médias, parle d'un projet d'évaluation désormais terminé, mené par une équipe interne avec des modèles tiers, sans intrusion constatée. L'attribution repose donc sur des indices techniques, et le modèle utilisé reste inconnu. Les auteurs reconnaissent aussi que leur appât contenait de fausses promesses et qu'il a pu fonctionner comme une manipulation des agents. Leur conclusion dépasse Tencent : même pour une tâche anodine, un agent connecté peut enfreindre les règles d'un site, et les laboratoires devraient vérifier ce que leurs bacs à sable atteignent réellement sur internet.