Débordée par le code de ses agents IA, Anthropic abandonne Git
Les fusions de code quotidiennes sont passées de 2 500 à plus de 30 000 en quatre mois. Pour suivre, l'entreprise derrière Claude a construit Scion, son propre système de gestion de versions.
Git, l'outil qui garde l'historique du code de presque tous les développeurs du monde, ne suffit plus chez Anthropic. Dans un long billet publié le 13 octobre sur son blog d'ingénierie, l'entreprise derrière Claude explique l'avoir remplacé dans son dépôt principal par Scion, un système conçu en interne. La raison tient en un chiffre : le nombre de modifications de code fusionnées chaque jour est passé d'environ 2 500 en mai à plus de 30 000 en septembre. L'essentiel de ce flot ne vient plus d'humains assis devant un clavier, mais d'agents IA et de chaînes de tests automatiques qui réclament le code en permanence.
Git a été pensé en 2005 pour des développeurs dispersés, chacun avec une copie complète de l'historique sur sa machine et la possibilité de travailler hors ligne. Chez Anthropic, cet historique approche 100 Go et les tests automatiques récupèrent le code environ 25 millions de fois par jour. Plusieurs centaines de serveurs miroirs ne suffisaient plus à tenir la charge. Scion inverse la logique : le serveur garde l'historique, effectue les fusions et ne transmet à chaque client que les fichiers dont il a besoin. Selon l'entreprise, l'infrastructure consomme environ 200 fois moins de calcul et de mémoire qu'avant, et une récupération du code prend désormais quelques secondes au lieu de plusieurs minutes. Sept personnes ont construit Scion et un outil de relecture baptisé Antique, puis mené la migration en cinq mois, avec une large part du travail confiée à Claude. Une étape réécrite par le modèle utiliserait 20 fois moins de mémoire que le prototype écrit à la main.
Ces résultats ne sont mesurés que par Anthropic, et aucun observateur extérieur ne les a encore vérifiés. L'entreprise ne publie pas Scion et prévient elle-même qu'il « n'est en aucun cas un remplaçant adapté à Git pour un usage général » : l'adopter impose de refaire la relecture de code, la recherche dans le code et les tests. Le billet reconnaît aussi que les agents enfreignent parfois des règles essentielles du système et que des ingénieurs doivent rejeter des conceptions bancales. Le signal dépasse pourtant ce cas particulier. Anthropic estime que d'autres entreprises connaîtront la même saturation d'ici six à douze mois, à mesure que les agents écriront davantage de code, et dit vouloir partager ses idées avec GitHub, GitLab et la communauté open source plutôt que de vendre son outil.