OpenAI garde sous clé l'IA qui aurait résolu une énigme mathématique à un million de dollars
Le 14 octobre à Dublin, la directrice financière d'OpenAI a confirmé que le modèle derrière la preuve controversée sur les équations de Navier-Stokes reste interne, le temps de nouveaux contrôles de sécurité.
OpenAI possède un modèle plus avancé que ceux proposés au public, et ne compte pas le sortir tout de suite. Le 14 octobre, au sommet international sur l'IA de Dublin, sa directrice financière Sarah Friar a expliqué que l'entreprise retenait son modèle de nouvelle génération pour poursuivre les vérifications de sécurité et d'alignement, c'est-à-dire s'assurer qu'il se comporte comme prévu. Selon les propos rapportés par Cybernews, il s'agit du système qui a « prouvé » les équations de Navier-Stokes, et OpenAI veut encore « quelques tours » de tests pour s'assurer qu'il est sûr. Elle a ajouté que l'entreprise avait produit 350 autres démonstrations mathématiques la semaine précédente.
Le contexte compte. Le 8 septembre, des mathématiciens d'OpenAI ont annoncé que 10 000 agents IA, pilotés par ce modèle interne, avaient trouvé en 88 heures une « singularité » dans les équations de Navier-Stokes, qui décrivent l'écoulement des fluides. Ce problème fait partie des sept énigmes du millénaire de l'institut Clay, chacune dotée d'un million de dollars. Selon Quanta Magazine, la démonstration a été vérifiée par un logiciel de preuve formelle, mais des humains doivent encore confirmer qu'elle répond bien à la question posée. Elle a aussi déclenché une dispute de paternité avec deux chercheurs, Tristan Buckmaster et Levent Alpöge, dont les versions des faits divergent. Sarah Friar assure par ailleurs que cette prudence ne détourne pas une part importante de la puissance de calcul vers la sécurité.
La portée mathématique du résultat reste discutée. D'après Scientific American, la preuve repose sur une force extérieure construite sur mesure, une option prévue par l'énoncé officiel, mais que beaucoup de spécialistes jugent éloignée du cas qui les intéresse vraiment. « Le problème le plus important n'est pas résolu », résume le mathématicien Luis Silvestre. L'annonce de Dublin montre surtout un changement de ton : les laboratoires d'IA présentent désormais leurs meilleurs modèles comme trop puissants pour être publiés immédiatement. OpenAI n'a donné ni nom, ni date de sortie, ni détail sur les risques précis qui motivent ce délai. Sarah Friar a résumé l'équilibre recherché : ralentir parfois, sans laisser d'autres acteurs prendre l'avantage.